Mes idées pour optimiser Station F

Alors que le nom « Station F » a été rendu public fin juin, il est temps que je rende public mes idées pour optimiser ce projet dont j’ai entendu parler pour la première fois il y a trois ans, en juin 2013 et qui me tient à cœur depuis cette époque. « Station F », c’est le projet d’incubateur de Xavier Niel connu jusqu’alors sous le nom de « Halle Freyssinet » du nom du lieu où il se trouvera à Paris, ou « 1000 startups » puisque le but du projet est d’incuber 1000 startups dans un lieu accessible 24h/24 permettant d’accueillir 3000 personnes.

station-f-espace-partage

Bien que mes réseaux sociaux affichent un millier de contacts, je n’ai pas de contacts particuliers avec les personnes en charge de la mise en oeuvre de ce projet. Je n’ai donc pu leur proposer mes idées. Comme cela fait trois ans que j’y réfléchis, la moindre des choses, c’est que je les publie. Mes idées ne sont peut-être pas originales. Peut-être que Station F a prévu de faire la même chose. Mais n’ayant pas été en contact avec l’équipe chargée de le mettre en oeuvre, je ne le sais pas. Voici mes idées.

Qu’est-ce que Station F ?

En juin 2013, Xavier Niel évoque son souhait de créer le plus grand incubateur d’Europe pour rivaliser avec la Silicon Valley à Los Angeles. Il est d’ailleurs amusant de voir qu’aujourd’hui, il exporte son concept d’école gratuite, « 42 » dans cette même Silicon Valley. Pour cela, il lui fallait un lieu prestigieux à aménager en plein Paris. Il a jeté son dévolu sur la Halle Freyssinet, un bâtiment ferroviaire, construit dans les années 1920, destiné à servir de halle de messagerie de fret. Cette activité s’est interrompue en 2006 et le lieu était vacant depuis. Le projet consiste tout d’abord à réhabiliter ce lieu industriel, de 310 mètres de long et 72 mètres de large en lieu hi-tech et convivial afin de pouvoir accueillir 3000 personnes. Ce lieu sera ouvert 24h/24 à partir de janvier 2017 et laissera une large place aux espaces collaboratifs, les lieux réservés à des bureaux classiques étant bannis. Une révolution en soi ! Un architecte renommé, Jean-Michel Wilmotte, a été chargé de donner une nouvelle vie à ce lieu.

Qui suis-je ?

Je suis coach Agile. Mon métier, c’est d’aider les équipes et les projets à être plus performants en adoptant les méthodologies Agiles. Je suis intervenu principalement dans des grands comptes, jamais dans des incubateurs. Il y a donc certains aspects que je ne connais pas du fonctionnement des incubateurs, mais je considère ce projet comme un grand compte qui doit mettre en oeuvre 1000 projets. La différence, c’est que les 1000 projets sont 1000 entités juridiques différentes et pas une seule. Hormis ce détail, le besoin reste de créer une dynamique de groupe pour optimiser les chances de succès, notamment par le partage, la collaboration et l’animation de communautés, et là, c’est mon credo.

En 2009, j’ai essayé de créer ma propre startup. Je ne sais pas si le concept d’incubateur était existant en France à cette époque, mais une chose est sûre, je n’en ai pas bénéficié. J’ai été livré à moi-même. Par chance, mon associé avait dans ses connaissances une entrepreneuse qui avait des locaux et quelques employés et qui nous a proposé de partager une partie de ses locaux pour nous permettre de développer notre affaire. Ce n’était pas grand chose, mais c’était énorme et je la remercie de nous avoir accueillis. Malheureusement, cela n’a pas suffit. Nous n’avons pas réussi à gagner suffisamment d’argent. Ça fonctionnait. Mais pas assez bien. Nous avons dû arrêter au bout de deux ans.

En 2013, j’ai participé à 101 projets, une initiative là encore de Xavier Niel, accompagné de Marc Simoncini et Jacques-Antoine Granjon. Le but était de présenter un projet par écrit pour faire partie des 300 sélectionnés à passer une audition auprès de ces trois compères, l’audition elle-même étant limitée à une minute pour convaincre. N’ayant pas l’age requis pour soumettre un projet, je me suis associé avec un ami qui avait l’age nécessaire pour proposer un projet qui, même en 2016, reste innovant. Plus de 1000 projets ont été soumis. Malheureusement, je n’ai pas pu passer l’étape de sélection.

Je ne me sens pas prêt à retenter l’expérience de création d’une startup. Ce n’est pas le bon moment pour moi. Mais faire vivre cet incubateur en proposant des services aux startups sélectionnées, cela m’aurait beaucoup plus. Ce sont ces idées que je vais développer.

Pourquoi 1000 startups ?

L’objectif de Xavier Niel est modeste : être à l’origine de la prochaine success story à la française et qu’elle devienne de notoriété mondiale comme l’est aujourd’hui Facebook ou Google. Rien que ça ! Mais si l’on suit les principes du Lean Startup, notamment le « fail fast », il faut de très nombreux essais pour réussir une seule fois. Le taux de réussite est très faible, de l’ordre de 1 pour 1000. D’où l’idée d’aider 1000 startups pour faire émerger cette pépite. Je rapportais récemment des propos de Jeff Bezos qui applique la même règle pour développer de nouveaux concepts chez Amazon.

Donc 1000 startups pour obtenir 1 pépite, cela veut dire que 999 iront à la casse ou vivoteront. Cela fait mal. Quel gâchis ! Mais un gâchis nécessaire…

Idée n°1 : valoriser les 999 startups destinées à finir à la poubelle

Partant du principe que la quasi-totalité des startups vont disparaître et que celles qui vont survivre vont avoir besoin de main d’oeuvre, il parait logique, dès les starting blocks, de créer une ambiance d’entraide. Non pas le simple échange de tuyaux, ce qui se fera tout naturellement puisque les personnes seront dans les mêmes lieux, mais en allant un cran plus loin. Les développements des uns pourront bénéficier aux autres.

Le but n’est pas que les startups se vampirisent entre elles, mais que chacune développe des composants génériques, nécessaires pour leur projet, mais réutilisables dans un autre contexte. Une équipe dédiée fournie par l’incubateur serait chargée de récupérer ces composants génériques, s’assurer de leur niveau de qualité, et faire le nécessaire pour qu’ils soient utilisables par tous.

Ceci offre un double avantage. Les startups n’auront pas éternellement à réinventer la roue et avanceront plus vite en profitant de ces composants génériques. Certaines pourront reprendre les travaux abandonnés par une autre par manque de ressources, ou tout simplement pousser l’idée originale encore plus loin. Les créateurs de ces composants se feront connaitre positivement des autres startups et pourront plus facilement se faire embaucher par celles qui réussissent si la leur périclite. Les startups qui réussissent vont naturellement avoir besoin de recruter des personnes pour développer leur business, autant recruter au sein de l’incubateur parmi des gens brillants mais malchanceux ou qui n’avaient pas la bonne idée au bon moment.

 Idée n°2 : créer un réseau social d’entreprise

L’entraide ne peut fonctionner que s’il y a un réseau social d’entreprise digne de ce nom administré par l’incubateur. Chaque startup aura une page dédiée qu’il animera à sa guise. Ce sera le lieu pour créer des communautés de pratiques, facilitant l’entraide sur une thématique donnée, ou pour s’échanger des services. Le but étant de favoriser l’échange de services gratuits et équitables par troc plutôt que par des services facturés.

Si chaque startup a une obligation de contribution, sans donner trop de détails sur sa nature, dictée par la charte de bonne conduite de l’incubateur, l’énergie qui en découlerait sera énorme.

Idée n°3 : organiser des événements quotidiens

Au centre de l’espace se trouve une grande salle de conférence. Elle doit être utilisée au maximum, d’autant plus qu’elle sera ouverte 24h/24. Des démonstrations ou présentations devront y avoir lieu chaque jour. Une équipe Agile organise généralement une démo toutes les deux ou trois semaines. Elles n’ont pas nécessairement toutes un intérêt majeur, mais généralement, au bout de trois mois, il y a de grandes choses d’accomplies et intéressantes à montrer. Si chaque startup présente ses réalisations tous les trois mois, cela fait automatiquement onze démos par jour, week-end et jour fériés compris. Si en plus les communautés de pratiques organisent des présentations à intervalles réguliers de leurs travaux, il y a matière à bien exploiter le lieu. Ce sera le lieu où il faut être.

station-f-salle-de-conference

Idée n°4 : créer la chaîne de télé Station F

Avec toute cette effervescence, il n’est matériellement pas possible d’être présent à toutes les présentations. Il faudra faire des choix. Il parait difficile également d’être présent à l’événement de son choix vu que les horaires seront très larges. Il suffit qu’il tombe le mauvais jour ou à la mauvaise heure et c’est raté. Pour permettre à tous de bénéficier du maximum de ces événements, il est nécessaire d’assurer une captation vidéo de tous ces événements puis de les rendre disponible dans une chaîne de télé que l’on nommerait pour l’occasion « Station F ». Cela pourrait être une chaîne de flux, comme une chaîne de télévision traditionnelle, ce qui permet de tomber par hasard sur des choses intéressantes, ce qu’on appelle la sérendipité, mais c’est surtout une chaîne où l’on peut choisir ses séquences comme ce qui est proposé sur Youtube. Il sera possible de noter les présentations afin de faire émerger les plus populaires.

Et pourquoi ne pas profiter de ces heures de programmes pour créer une chaîne de télévision, cette fois-ci accessible du public, avec le meilleur des événements de station F. Au niveau de la communication externe, c’est très efficace.

Idée n°5 : inviter les associations extérieures

Les associations extérieures organisent elles-aussi de nombreux événements. On les retrouve principalement sur le site Meetup. Elles ont des difficultés à trouver des salles pour les accueillir, généralement en soirée, et ciblent la même population hi-tech. Proposer l’accès à la salle de conférence à ces associations est l’occasion de créer un lien entre la population à l’intérieur de l’incubateur et ceux qui sont les plus communicants à l’extérieur. De la même manière, certains événements de l’incubateur pourraient être ouverts à l’extérieur. L’incubateur peut ainsi rayonner au-delà de ses murs.

Idée n°6 : centre de formation collaboratif

Les startups ont besoin d’être formées. Je suis persuadé que l’incubateur a prévu des ateliers spécifiques du type « comment lever des fonds », « comment se faire connaitre » ou « comment faire une démarche administrative particulière ». Mais les besoins vont à mon sens plus loin.

En tant que coach Agile, je suis effaré de voir à quel point gérer un projet n’est pas simple pour la plupart des gens. Pourtant, la recette est toujours la même : avoir une vision, savoir la découper et la prioriser, faire des compromis selon la valeur métier, éliminer les gaspillages, aller le plus tôt possible sur le marché avec le produit minimum viable et tester le marché. C’est évident pour un coach, pourtant c’est loin de l’être pour une startup et c’est souvent ce qui provoque leur mort : ne pas savoir aller à l’essentiel en croyant que le temps est extensible à l’infini. Ce type d’accompagnement devra également être proposé par l’incubateur.

Mais l’incubateur ne peut pas tout proposer. Ce n’est pas à lui de former à l’utilisation de tel langage ou outil. Par contre, toujours dans cet esprit d’entraide, il est logique que certaines startups, au fait d’une technologie particulière, organisent des formations pour les autres startups.

station-f-plateau-libre

Idée n°7 : favoriser le développement d’outils internes

Chaque entreprise se trouve confrontée aux mêmes problèmes. Et quand ces problèmes ne sont pas dans leur cœur de métier, ils sont traités de manière dégradée. En d’autres termes, plutôt que d’investir pour se doter, ou développer, un outil digne de ce nom, on préfère se satisfaire d’une solution dégradée, généralement à base d’Excel, à moindre coût et qui fera l’affaire. Malheureusement, cet Excel, avec le temps, coûte une fortune à maintenir… plus que si l’outil avait été développé en premier lieu. J’ai de nombreux exemples en tête, notamment dans le suivi de l’activité et des budgets. Ce problème est prédominant dans le domaine de la paperasse administrative.

Avec 1000 startups, ce sont 1000 petites entreprises qui auront toutes les mêmes contraintes administratives à surmonter, contraintes qui seront le cadet de leurs soucis mais qu’ils devront malgré tout assumer. Plutôt que de les laisser développer leurs 1000 feuilles Excel qui répondent à peu près aux contraintes administratives qu’ils subissent, pourquoi ne pas favoriser le développement d’outils internes qui bénéficieront à tous. Une équipe dédiée sera chargée de développer des outils pour le compte des startups et mettront à disposition le fruit de leur travail à toutes les startups. Les outils les plus demandés seront bien entendus développés en priorité. Un backlog de demandes sera mis à disposition. Afin de ne pas avoir trop d’outils, il n’y aura qu’une équipe dédiée à cette activité. Sa capacité est donc naturellement limitée.

Comment faire pour savoir si l’on a besoin d’un outil ? Très simple. Si on utilise Excel, c’est qu’il nous manque un outil !

Idée n°8 : profiter des infrastructures d’Online

Online est l’hébergeur d’infrastructures du groupe Iliad, propriété de Xavier Niel. Cette société propose de nombreux services aux particuliers et aux entreprises. Chaque startup peut en bénéficier naturellement qu’elle fasse partie de l’incubateur ou non. Avec 1000 startups, la force de frappe est importante, les besoins aussi. Des économies d’échelle peuvent s’opérer, que ce soit en matière de prix comme en matière de mutualisation des activités d’administration système.

Mais là où il peut y avoir une grosse différence, c’est si l’on considère chaque startup comme un fournisseur de composants réutilisables en ligne, configurées directement dans les infrastructures d’Online. Les services pourront être utilisés sans même avoir à s’occuper de les installer.

Le Cloud est l’Eldorado de l’informatique d’aujourd’hui et de demain. Nous sommes encore aux balbutiements de son utilisation. Il y a encore beaucoup de choses à inventer et à mettre en place. Si tout ceci est fait dans un environnement mutualisé et intégré, nous avons là un différenciateur important pour les startups de Station F par rapport à d’autres startups qui n’en font pas partie.

Idée n°9 : aider les porteurs de projets sans équipe

Le principe d’une startup, c’est d’avoir une idée et une équipe pour la mettre en oeuvre. Le rôle de l’incubateur, c’est de l’aider à atteindre son but en lui fournissant quelques services dont elle a besoin. Le but de l’incubateur n’est pas de constituer l’équipe de réalisation. Cette règle élimine potentiellement un paquet de success stories. Il y a des porteurs de projets qui ont de très bonnes idées mais pas forcément d’équipe pour les mettre en oeuvre. Je le sais d’autant plus que je fais partie de cette catégorie. D’ailleurs Xavier Niel préfère investir dans une bonne équipe, même si elle n’a pas un excellent projet, plutôt que l’inverse.

Mais si l’incubateur allait au-delà en aidant ces porteurs de projets à constituer leur équipe. Cette idée n’est pas saugrenue puisque je l’ai vu pratiquer au sein de plusieurs entreprises, notamment dans le cadre de journées dédiées à l’émergence de projets. A la base, c’est une démarche désintéressée, mais si l’on tombe sur une pépite, cela peut devenir un nouveau moyen d’élargir son marché. De même, je connais plusieurs développeurs qui ont de très bonnes idées mais sont incapables de les mettre en valeur se focalisant plus sur les détails techniques que fonctionnels. Ils ont eu aussi besoin d’aide. Porter un projet et le mettre en oeuvre sont deux métiers bien distincts.

Idée n°10 : l’équipe locomotive

Dixième et dernière idée proposée dans cet article : la création de l’équipe « Locomotive ». Pourquoi ce nom ? Dans une ancienne zone de fret ferroviaire, c’est le meilleur nom pour faire avancer les choses. Cette équipe, fournie par l’incubateur, est constituée de spécialistes, chacun dans leur domaine, et ont pour mission de passer une ou plusieurs journées avec une startup pour l’aider à résoudre son problème, dans son domaine d’expertise. Le spectre d’expertise couvert par cet équipe locomotive est complet : l’aide méthodologie et organisationnelle, les choix d’architectures techniques, la levée de fonds, etc. Là encore, les startups demandeuses formulent leurs demandes d’aide dans un backlog et chaque jour, en fonction des disponibilités des membres de l’équipe locomotive, l’aide demandée est apportée. Une règle : la demande d’aide doit porter sur un besoin spécifique sur lequel la startup a déjà réfléchi et bute.

Le dispositif nécessaire à la mise en oeuvre de ces idées

L’ensemble de ces idées nécessitent une contribution accrue de l’incubateur.

Il faut tout d’abord une équipe technique, composée de développeurs chevronnée de 6 à 8 personnes, chargée de l’intégration des composants génériques fournis par les startups et du développement d’outils internes à la demande. Le premier outil interne à mettre à disposition est le réseau social d’entreprise qui est au cœur du dispositif collaboratif.

Il faut ensuite une équipe d’experts, l’équipe locomotive, composée d’experts dans leur domaine, là encore de 6 à 8 personnes, prêts à s’impliquer dans les problèmes les plus complexes rencontrés par les startups.

Il faut ensuite une équipe d’animation de la communauté, encore une fois de 6 à 8 personnes, chargée d’organiser les événements et d’assurer les relations avec l’extérieur. Il y aura également un aspect technique puisqu’il faut alimenter la chaîne de télévision.

En tout, une vingtaine de personnes dont la mission sera de décupler les chances des startups de réussir.

En résumé

Je n’ai présente que dix idées, mais j’en ai d’autres. Le dispositif nécessaire pour les mettre en oeuvre n’est pas si important que ça. S’il fallait synthétiser le fil rouge des idées que j’ai proposées, c’est de valoriser les startups qui sont vouées à disparaître au profit de celles qui grossissent en favorisant l’entraide et la collaboration. Considérer que chaque startup est potentiellement un ou plusieurs composants réutilisables par d’autres startups dans d’autres contextes. Développer au maximum le concept de communautés. Faire que la contribution d’une startup la fasse grandir et par la même occasion fasse grandir les autres. Et avoir une équipe d’accompagnement forte au service de ces startups.

Profitez bien de ces idées ! Et pour en savoir plus, allez voir le site officiel Station F.

Franck Beulé
Coach Agile, expert des technologies de l’Internet et en ergonomie du Web

 

Ajoutez un commentaire