Google Web Store et consorts : l’invasion des stores

Indubitablement, le succès de l’iTunes store d’Apple aiguise l’appétit de ses concurrents. En 2010, il ne se passe pas un mois sans qu’un nouveau store ouvre ses portes. Chacun aimerait se partager la part de gâteau au moment où Apple règne sans partage. Effet de mode ou révolution des usages ? Que va devenir l’Internet de demain ? Google va-t-il là encore tirer son épingle du jeu ? Analyse.

Au commencement, l’iTunes Store…

L’iTunes Store, initialement appelé iTunes Music Store, a ouvert ses portes le 28 avril 2003 aux États-Unis et le 15 juin 2004 en France. À cette époque, la vente des CD audio commençait à décroître au profit du trafic illégal de fichiers musicaux au format MP3. Le baladeur musical iPod, dont le premier modèle est sorti le 23 octobre 2001, se vend alors comme des petits pains. Le but de l’iTunes Music Store est de permettre l’achat légal de musique dématérialisée. Étant à ce moment la seule offre légale du marché, les ventes explosent. Apple en profitera pour imposer un tarif unique pour la musique.

Les années passant, l’offre s’étend à la vidéo, les films, les séries télé, les jeux et les applications. En effet, entre-temps, Apple sort un téléphone révolutionnaire : l’iPhone. Pour la première fois, il est possible de créer ses propres applications sur son téléphone et télécharger celles des autres. Certaines applications peuvent être achetées en passant par l’iTunes Store. À chaque vente, Apple touche 30 % des revenus, le reste étant versé à l’auteur.

Les concurrents ont suivi pour la musique et la vidéo

Avec plus ou moins de succès, les concurrents ont tenté de faire la même chose qu’Apple. Vendre de la musique tout d’abord, de la vidéo ensuite. Pour certains, c’était une suite logique. Amazon, spécialisé dans la vente par Internet de supports physiques, se met à la vente de contenus dématérialisés. D’autres se sont fait un nom en proposant des offres originales. Deezer et Spotify par exemple vendent chacun un forfait pour de la musique illimitée sans publicité.

Un produit spécifique = un store

Mais les stores explosent surtout pour vendre des applications pour une cible matérielle particulière. iTunes Store pour iOS, le système qui équipe les iPhones et les iPads. Nokia, Blackberry, Androïd, Free ont chacun leurs stores pour la vente d’applications spécifiques à leurs technologies. Les stores se multiplient donc sans vraiment se faire de concurrence car ils ne vendent pas la même chose.

Et pour le produit Internet ?

L’ambition de Google est de sortir d’ici à la fin de l’année 2010 un nouveau système d’exploitation nommé Chrome OS. Il s’agit en fait d’un système autonome capable d’exécuter le navigateur Internet Chrome. Chrome OS ne sera donc capable que d’exécuter des applications qui tournent sur un navigateur Internet sans plugin. C’est d’ailleurs pour cela qu’en ce moment l’HTML5 a le vent en poupe. Cette dernière version comble les lacunes du vieillissant HTML 4, notamment en matière de sauvegarde de données en local. Les applications de Chrome OS seront donc de simples pages HTML avec une légère surcouche permettant de créer une icône de lancement de l’application.

Le Chrome Web Store sera compatible avec Chrome OS, mais également tous les environnements supportant un navigateur Internet… c’est-à-dire à peu près tous les systèmes modernes : Windows, Mac OS, Linux, iOS, Androïd, Blackberry

Et là où Google risque de faire la différence, c’est qu’ils ne prendront que 5 % de commission là où les autres prennent 30 %. Cela fera donc plus d’argent pour les créateurs.

Les sites Web payants deviendront des applications

De nombreux sites ont déjà une partie de leur contenu payant. Et si l’on en croit Rupert Murdoch, le président du groupe News Corporation, propriétaire de 30 % des médias de la planète, le modèle payant va se développer partout.

Aujourd’hui, pour monnayer leurs sites Internet, les opérateurs utilisent des systèmes spécifiques. Aucun store n’existe sur Internet. Les paiements peuvent se faire par carte bleue, par Paypal, via un appel téléphonique sur un numéro surtaxé et dans certains cas, directement débité de sa facture de téléphone. Aucune des solutions n’est pratique car il faut à chaque paiement soit communiquer ses coordonnées bancaires personnelles, soit faire une manipulation fastidieuse. Mais surtout, les commissions prises par ces services de paiement sont importantes.

Google Web Store permet de ne fournir ses coordonnées bancaires qu’une seule fois et de valider les paiements plus simplement. Cette solution a de grandes chances de succès, d’autant plus rapidement que la commission prise par Google est réduite. Ce que l’on appelait site Web jusqu’alors s’appellera dorénavant application Web. Ces applications fonctionneront sur toutes les plates-formes, contrairement à celles existant dans les autres stores.

Sur le papier, les arguments pour le Google Web Store sont sans appel. Le temps nous dira si ce choix est payant.

Franck Beulé
Chef de projet Agile, expert des technologies de l’Internet et en ergonomie du Web

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